{"id":80,"date":"2021-06-03T23:09:22","date_gmt":"2021-06-03T21:09:22","guid":{"rendered":"http:\/\/lucverline.fr\/?page_id=80"},"modified":"2024-01-29T23:03:56","modified_gmt":"2024-01-29T22:03:56","slug":"cadeau-a-lire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/lucverline.fr\/?page_id=80","title":{"rendered":"CADEAUX A LIRE"},"content":{"rendered":"\n<p>JE VOUS OFFRE MA NOUVELLE &#8220;COLLECTION&#8221; \u00e0 lire ici :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Collection.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Luc Verline<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2021<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prologue&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Cancer, cancer&nbsp;! Bordel, il est en moi&nbsp;! Alors, pas la peine de me le rappeler \u00e0 longueur de phrases&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dis-moi quand m\u00eame&#8230; si tu sais&#8230; combien de&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;&#8230; de temps, combien de temps&nbsp;? C&#8217;est \u00e7a que tu veux savoir&nbsp;? H\u00e9 bien, juste le temps qu&#8217;il faut pour en crever !&#8230; Mais t&#8217;inqui\u00e8te, d&#8217;apr\u00e8s mon toubib je ne serai pas MA seule victime&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Euh&#8230; ce n&#8217;est pourtant pas contagieux&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oh, d&#8217;une certaine fa\u00e7on, si&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu comptes faire quoi du temps qu&#8217;il te reste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tout ce qui est interdit&nbsp;! Parait que j&#8217;ai tu\u00e9 toute ma vie mais sans jamais voir mes victimes. Ce serait dommage de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce kiff&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu es&#8230; s\u00e9rieux&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Wahahahaha&#8230; Tu verrais ta t\u00eate&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T&#8217;es con, tu m&#8217;as fait p&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sac en plastique&#8230; je peux rayer cet objet de ma liste,<\/em> pense le porteur du crabe. Maniaque, il replie la pochette, avant de la remettre \u00e0 sa place exacte, sur son pr\u00e9sentoir d\u2019\u00e9chantillons. Puis il s&#8217;assoit, songeur, sur son fauteuil en cuir v\u00e9ritable. Il se d\u00e9tend en provoquant des couinements de la peau de l&#8217;animal sacrifi\u00e9 au bien \u00eatre de son fessier. Enfin, il se cale et reste immobile un moment, \u00e0 savourer cette qui\u00e9tude de silence qui lui permet de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 son projet, son dernier projet.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 1&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Grands travaux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Combien de temps pour r\u00e9aliser tout \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Disons&#8230; au minimum&#8230; deux mois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Disons deux semaines&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais c&#8217;est&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Attention au mot que vous allez ajouter maintenant. Vos honoraires, j&#8217;y ajoute un z\u00e9ro&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ah, dans ce cas, deux semaines, c&#8217;est bien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bon, vous avez dix jours alors.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais&#8230; oui, bien s\u00fbr, aucun probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C&#8217;est mieux&#8230; Une derni\u00e8re chose. Commencez par l&#8217;installation de la r\u00e9serve. Dans quarante-huit heures grand maximum, je dois pouvoir me servir de la chambre froide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nous allons devoir travailler jours et nuits, engager plus de personnel, mais ce sera fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as Mustier, satisfait des promesses de l&#8217;entrepreneur, s&#8217;isole et consulte ses nombreux contacts sur son e-phone. Il a une s\u00e9lection \u00e0 pratiquer. Il tient \u00e0 ce que son dernier acte soit spectaculaire et fasse la une de tous les journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, papiers, et bien s\u00fbr, soit relay\u00e9 sur le net. Le buzz est assur\u00e9 au regard de ce qu&#8217;il \u00e9labore dans les limbes de son brillant esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis sa toute premi\u00e8re affaire, \u00e0 seize ans, il sait l&#8217;importance de la communication. Parti de rien, n&#8217;ayant m\u00eame pas le bac en poche, Phill\u00e9as a su b\u00e2tir un empire \u00e0 grands coups d&#8217;\u00e9clat. Ce qu&#8217;il n&#8217;avait jamais envisag\u00e9 va pourtant se r\u00e9aliser sous peu. Un cancer incurable et foudroyant va lui rappeler que, finalement, il n&#8217;est pas grand-chose. Mais, il ne partira pas avant d&#8217;avoir surpris le monde entier, une derni\u00e8re fois. La mort devra attendre quelques semaines&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Arrive l&#8217;heure de son rendez-vous avec le sp\u00e9cialiste qui le tanne depuis les pr\u00e9mices de sa maladie pour tester un nouveau protocole de soins. L&#8217;homme d&#8217;affaire n&#8217;a que deux petites questions \u00e0 poser, cependant, il ne se fait aucune illusion sur les r\u00e9ponses \u00e0 venir du Docteur M Diliop.<\/p>\n\n\n\n<p>Une heure plus tard, il sert la main du jeune et prometteur m\u00e9decin, plein d&#8217;espoir concernant l&#8217;efficacit\u00e9 de son nouveau traitement \u00ab&nbsp;r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb, comme il aime \u00e0 le rappeler toutes les deux phrases.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Combien de temps me reste-t-il \u00e0 vivre sans traitement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Un mois&#8230; peut-\u00eatre moins. Les m\u00e9tastases se multiplient et il sera bient\u00f4t trop tard. Acceptez d&#8217;\u00eatre le premier \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de cette th\u00e9rapie dans laquelle j&#8217;ose mettre tous mes espoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous voulez que je vous serve de cobaye, qui plus est, un cobaye c\u00e9l\u00e8bre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il est certain que votre notori\u00e9t\u00e9, en cas de succ\u00e8s, serait un atout pour mettre en avant cette r\u00e9volution en mouvement et permettre au plus grand nombre de profiter de&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Combien de chances&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ah, euh&#8230; je ne puis m&#8217;aventurer \u00e0&#8230; Comprenez, \u00e7a reste, malgr\u00e9 tout, exp\u00e9rimental et&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Combien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Disons que l&#8217;on peut esp\u00e9rer un sursis de&#8230; six mois&#8230; au minimum et si tout va bien&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et les effets secondaires&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C&#8217;est un traitement radical, alors, oui, il y aura des effets secondaires notables mais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Alors, non merci. Je pr\u00e9f\u00e8re un mois en gardant toute ma t\u00eate que six \u00e0 vomir tripes et boyaux. Jamais je n&#8217;accepterai de rester au fond de mon lit \u00e0 agoniser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Un mois me suffira pour ce qu&#8217;il me reste \u00e0 faire. Merci docteur et au revoir&#8230; ou plut\u00f4t&#8230; adieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne laissant pas le temps au m\u00e9decin de se lever de son fauteuil, Phill\u00e9as s&#8217;engage d\u00e9j\u00e0 dans le couloir sans \u00e2me de la clinique. Au fond de lui, il n&#8217;\u00e9prouve aucun regret. Il se jure qu&#8217;il parviendra \u00e0 ses fins avant que les douleurs, puis la mort, ne l&#8217;en emp\u00eachent.<\/p>\n\n\n\n<p>Stan, son fid\u00e8le associ\u00e9, lui a permis d&#8217;entamer son \u0153uvre. Il lui faut trouver six autres contributeurs. Pas de temps \u00e0 perdre.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 tout, il consid\u00e8re avoir la responsabilit\u00e9 de l&#8217;avenir de ses quelques dix mille salari\u00e9s \u00e0 travers le monde. Donc, il se doit, en parall\u00e8le de son dernier coup de com, d&#8217;assurer l&#8217;avenir de ces hommes et femmes. Il convoque sans tarder les nombreux actionnaires afin de leur faire part de la nouvelle orientation dans laquelle devra s&#8217;engager l&#8217;entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as Mustier a b\u00e2ti, en trente ans, un empire dans le domaine de l&#8217;emballage plastique. Emport\u00e9 par le succ\u00e8s, par la n\u00e9cessit\u00e9 de toujours r\u00e9aliser de meilleurs chiffres, jamais il ne s&#8217;est pos\u00e9 la question de l&#8217;impact de son activit\u00e9 sur l&#8217;environnement. Pourtant, depuis que son cancer foudroyant a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cel\u00e9 lors d&#8217;un contr\u00f4le m\u00e9dical de routine, il a pris le temps, pour la premi\u00e8re fois de son existence, de se poser et de regarder derri\u00e8re lui. Il sait maintenant que ses activit\u00e9s ont contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9cipiter sa mort prochaine, comme celle de nombreuses autres victimes innocentes. Une information en particulier, lui a ouvert les yeux. Des micro-particules de plastique circulent d\u00e9sormais, dans l&#8217;air. Il savait qu&#8217;il existait un \u00ab&nbsp;continent&nbsp;\u00bb, voire plusieurs, de plastiques dans des coins perdus de l&#8217;oc\u00e9an. Mais cette \u00e9norme poubelle lui semblait \u00eatre une bonne chose. Si tous les d\u00e9chets finissaient par se regrouper dans des endroits pr\u00e9cis, il suffirait de trouver le moyen de les capter et de les exploiter comme une mati\u00e8re premi\u00e8re. Un cercle vertueux en somme, qu&#8217;il n&#8217;y avait qu&#8217;\u00e0 activer. Mais, en quelques jours de recherche, Phill\u00e9as a pris conscience de sa na\u00efvet\u00e9 et des \u0153ill\u00e8res dont il s&#8217;\u00e9tait affubl\u00e9, plus ou moins consciemment, depuis toujours. Le probl\u00e8me du plastique, dont il est l&#8217;un des plus gros producteurs au monde, s&#8217;av\u00e8re bien plus complexe qu&#8217;il ne voulait bien se le figurer. Les micro-particules de cette pernicieuse mati\u00e8re se sont infiltr\u00e9es partout dans l&#8217;environnement. Pas un nuage, pas une nappe d&#8217;eau, pas un seul sol, pas une seule mer ne sont \u00e9pargn\u00e9s. Alors, il se doit de tout changer avant de quitter cette terre, que l&#8217;homme transforme, \u00e0 vitesse exponentielle, en une \u00e9norme d\u00e9charge, en d\u00e9potoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses collaborateurs se sont empress\u00e9s de venir des quatre coins du monde pour participer \u00e0 cette r\u00e9union du changement. \u00c0 son entr\u00e9e, les conversations s&#8217;\u00e9teignent en une fraction de seconde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bonjour \u00e0 tous. Je serais concis. Vous avez cinq ans pour remplacer toutes les mati\u00e8res plastiques polluantes que nous produisons par des mati\u00e8res recyclables et neutres pour l&#8217;environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C&#8217;est impossible. C&#8217;est la ruine assur\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non&nbsp;! Au contraire, c&#8217;est la seule issue possible. De plus, nos processus de production vont \u00eatre enti\u00e8rement revus. De m\u00eame que pour les acheminements de nos mati\u00e8res premi\u00e8res et de nos articles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C&#8217;est une blague&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, c&#8217;est tr\u00e8s s\u00e9rieux et je vais vous pr\u00e9senter mon successeur au poste de PDG du groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais, ce n&#8217;est pas comme cela que \u00e7a fonctionne. Vous ne pouvez pas d\u00e9signer&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si, je peux. Mes avocats vous expliqueront pourquoi j&#8217;en ai, l\u00e9galement, le pouvoir. Je vous pr\u00e9sente donc Mickael Verlynard, ancien haut responsable chez Greenpeace et d\u00e8s aujourd&#8217;hui, votre nouveau PDG.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quoi&nbsp;? Ce&#8230; ce guignol, cet oppos\u00e9 au progr\u00e8s&nbsp;! Cet homme de N\u00e9andertal qui veut que l&#8217;on retourne vivre dans des grottes. C&#8217;est scandaleux, je m&#8217;insurge en tant que l&#8217;un des actionnaires principaux de cette soci\u00e9t\u00e9, je&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as claque la porte. Il laisse les actionnaires se battre et d\u00e9fendre les fortunes qu&#8217;ils ne sauront jamais d\u00e9penser avant de casser leur pipe. Le concernant, il n&#8217;a plus une minute \u00e0 perdre. La machine du changement est sur ses rails, il faut maintenant la mettre en branle. C&#8217;est dans ce domaine qu&#8217;il a toujours excell\u00e9. Il saura \u00e0 nouveau trouver la campagne de lancement la plus efficace. Que l&#8217;on parle en bien ou en mal de sa personne lui importe peu. Ce qui compte c&#8217;est de savoir attirer \u00e0 lui les projecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 2&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La collecte.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant de poursuivre son id\u00e9e, Phill\u00e9as inspecte la grande salle dans laquelle il a mis en \u0153uvre d&#8217;importants travaux d&#8217;am\u00e9nagement. Il donne ses derni\u00e8res directives quant aux \u00e9clairages qu&#8217;il souhaite d&#8217;une extr\u00eame pr\u00e9cision d&#8217;intensit\u00e9, de chaleur et de couleur. L&#8217;ambiance, tout en subtilit\u00e9, doit \u00eatre cr\u00e9\u00e9e par la lumi\u00e8re. Il apprend, avec satisfaction, la fin de la construction de la chambre froide. Ce gros cube r\u00e9frig\u00e9r\u00e9 a la particularit\u00e9 de poss\u00e9der deux acc\u00e8s. L&#8217;un donnant directement dans la grande salle et l&#8217;autre ouvrant sur un monte-charge d\u00e9bouchant dans le parking priv\u00e9 de Phill\u00e9as, en sous-sol. Le chef de chantier lui remet les seules cl\u00e9s des diff\u00e9rentes portes permettant d&#8217;entrer et de sortir, en toute discr\u00e9tion, dans ce grand frigo, m\u00eame pendant le d\u00e9roulement des travaux dans le reste de la pi\u00e8ce. Le quinquag\u00e9naire, rassur\u00e9 par l&#8217;efficacit\u00e9 des ouvriers, retourne s&#8217;isoler dans son bureau afin de peaufiner la s\u00e9lection des acteurs principaux de sa campagne de publicit\u00e9 choc.<\/p>\n\n\n\n<p>En premier lieu, il doit signaler la disparition de son collaborateur le plus proche, Stan, afin de commencer \u00e0 attirer l&#8217;attention des m\u00e9dias sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Une inspectrice ne tarde pas \u00e0 lui rendre visite. Altianne Nessur est tout sp\u00e9cialement d\u00e9tach\u00e9e pour cette affaire signal\u00e9e par l&#8217;un des hommes les plus riches au monde. La quarantaine n&#8217;affecte en rien sa beaut\u00e9. Bien au contraire, ses traits, l\u00e9g\u00e8rement durcis par l&#8217;\u00e2ge et l&#8217;exp\u00e9rience d&#8217;une vie consacr\u00e9e aux pires crimes dont sont capables ses semblables, lui conf\u00e8rent une assurance f\u00e9line intrigante. La belle semble focaliser toute son attention sur ce que lui relate l&#8217;homme d&#8217;affaire, rien de ce qu&#8217;elle pense ne s&#8217;affiche en surface. Celui-ci se contente de lui expliquer l\u2019absence non justifi\u00e9e de son bras droit depuis la veille. Stan ne r\u00e9pond plus au t\u00e9l\u00e9phone non plus, ce qui est totalement inhabituel pour lui qui, depuis de longues ann\u00e9es, reste disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as ne peut emp\u00eacher son esprit de s&#8217;offrir un court \u00e9garement et de penser qu&#8217;en d&#8217;autres circonstances, il aurait pris plaisir \u00e0 s\u00e9duire cette inspectrice \u00e0 l&#8217;allure de top model mais \u00e0 la parure sobre des v\u00e9ritables beaut\u00e9s qui n&#8217;ont besoin d&#8217;aucun recours aux artifices. De plus, le regard d&#8217;Altianne Nessur poss\u00e8de ce pouvoir inestimable de d\u00e9voiler en un instant l&#8217;intelligence remarquable de sa propri\u00e9taire. L&#8217;homme de pouvoir est un collectionneur de c\u0153urs et il regrette de ne plus avoir le temps d&#8217;ajouter ce joli sp\u00e9cimen \u00e0 sa collection personnelle. En quelques mots pr\u00e9cis, il lui r\u00e9v\u00e8le, juste ce qu&#8217;elle doit savoir, pour le bon d\u00e9roulement de son plan puis la cong\u00e9die en oubliant dans l&#8217;instant, sa frustration. Il a en t\u00eate un seul objectif et rien ne pourra l&#8217;en d\u00e9tourner.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de revenir \u00e0 l&#8217;essentiel de son projet, Phill\u00e9as passe un rapide coup de fil au journal dont il est actionnaire majoritaire. Il impose la premi\u00e8re page du lendemain dans laquelle sera divulgu\u00e9e la disparition de Stan Maille, son fid\u00e8le collaborateur depuis toujours. Il ajoute un dernier ordre, celui d&#8217;ins\u00e9rer la photo de la si talentueuse et sculpturale inspectrice Altianne Nessur, qui assure l&#8217;enqu\u00eate en cours. Voil\u00e0 de quoi attirer encore un peu plus de lecteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La \u00ab&nbsp;mission&nbsp;\u00bb, qu&#8217;il s&#8217;est assign\u00e9 avant de devoir rendre des comptes \u00e0 un hypoth\u00e9tique \u00eatre sup\u00e9rieur, prend forme. Par ailleurs, il pense que sa mani\u00e8re de faire plaira beaucoup \u00e0 ce \u00ab&nbsp;dieu&nbsp;\u00bb qu&#8217;il imagine tr\u00e8s fac\u00e9tieux, voir cynique.<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as part en chasse. Il attire \u00e0 lui ses proies&nbsp;; rien de plus facile lorsqu&#8217;on poss\u00e8de l&#8217;attractivit\u00e9 universelle, celle de l&#8217;argent. Il les pi\u00e8ge, s&#8217;amuse un instant \u00e0 leur exposer par le menu la nature de leur contribution dans son grand dessein, puis les pr\u00e9pare. \u00c0 son grand regret, il sera dans l&#8217;incapacit\u00e9 temporelle d&#8217;accumuler un nombre cons\u00e9quent de participants. Alors, il peaufine les choses avec chacun d&#8217;entre-eux, afin que tout soit parfait et puisse \u00eatre compris par n&#8217;importe quel humain sur cette terre en perdition. Il sait que son \u0153uvre fera le tour du monde. Il s&#8217;emploie donc \u00e0 la r\u00e9aliser en y mettant tout son c\u0153ur, toutes les facettes de ses talents et en tirant partie, le plus intelligemment possible, de la contribution des intervenants qu&#8217;il a sollicit\u00e9s. Peu \u00e0 peu, les \u00e9l\u00e9ments s&#8217;articulent et prennent tout leur sens. Conscient de ses multiples talents, Phill\u00e9as s\u2019auto-congratule et s\u2019enthousiasme pour le r\u00e9sultat final qu&#8217;il commence \u00e0 entrevoir comme satisfaisant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Chapitre 3&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La collection.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dites-moi cher ami, vous avez donc tous les talents&nbsp;? Vos \u0153uvres sont d&#8217;un r\u00e9alisme \u00e9poustouflant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Merci. N&#8217;oubliez pas de boire un verre \u00e0 ma sant\u00e9, le buffet est l\u00e0 pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Merveilleux&nbsp;! C&#8217;est le seul mot qui me vient&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Merci.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c9bouriffant&nbsp;! Et cet \u00e9clairage, il tue&nbsp;! Il conf\u00e8re une ambiance pr\u00e9cieuse et oppressante \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C&#8217;est trop, je ne suis qu&#8217;un amateur&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, non, un Grand, un tr\u00e8s Grand Artiste&nbsp;! C&#8217;est subjuguant de beaut\u00e9 et le message est \u00e0 la fois sublimement distill\u00e9 et horriblement&#8230; euh&#8230; horrible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous m&#8217;en direz tant&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>S&#8217;extirpant de la foule qui s&#8217;agglutine dans la grande salle, qui en dix jours s&#8217;est transform\u00e9e en galerie d&#8217;exposition, Phill\u00e9as se dirige vers le seul cube de verre qui ne contient que du vide&#8230; pour l&#8217;instant du moins. Il passe entre les sept cubes qui subjuguent les visiteurs et se fait encore aborder par quelques-uns d&#8217;entre-eux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Phill\u00e9as, dites-moi, ce parall\u00e9l\u00e9pip\u00e8de vide, il repr\u00e9sente l&#8217;avenir de l&#8217;homme&#8230; c&#8217;est bien cela&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous lisez dans mes \u0153uvres comme dans un livre ouvert&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ah, je le savais, je le savais&nbsp;! Vous \u00eates un g\u00e9nie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Monsieur Phill\u00e9as Mustier&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous \u00eates l\u00e0 inspectrice, vous avez r\u00e9pondu \u00e0 mon invitation. J&#8217;en suis ravi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;D\u00eetes-moi, cette&#8230; \u0153uvre&#8230; ne s&#8217;inspirerait-elle pas de votre associ\u00e9 disparu si myst\u00e9rieusement, Monsieur Stan Maille&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous m&#8217;avez d\u00e9couvert, c&#8217;est bien lui, je suis coupable&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je trouve cela morbide d&#8217;en avoir fait une sculpture si&#8230; r\u00e9aliste, qui plus est, dans cette posture tr\u00e8s \u00e9vocatrice&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Une sorte d&#8217;hommage \u00e0 mon fid\u00e8le collaborateur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Une sorte d&#8217;hommage&nbsp;? Ne serait-ce pas plut\u00f4t un aveu&nbsp;? C&#8217;est de cette fa\u00e7on que vous l&#8217;avez tu\u00e9&nbsp;? \u00c9touff\u00e9 par un sac en plastique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous l&#8217;ai dit, j&#8217;avoue&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette derni\u00e8re phrase sibylline, Phill\u00e9as fend la foule afin de rejoindre le fameux cube vide. Il l&#8217;ouvre \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;une serrure \u00e0 empreinte puis s&#8217;y enferme. Le public, d&#8217;abord d\u00e9sappoint\u00e9 par son geste, per\u00e7oit celui-ci comme le clou de l&#8217;exposition. Quelques applaudissements se font entendre et d\u00e9clenchent une v\u00e9ritable ovation pour cet homme, d\u00e9cid\u00e9ment, si surprenant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Permettez-moi de m&#8217;exposer \u00e0 mon tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as domine le brouhaha ambiant par le truchement d&#8217;un micro dissimul\u00e9 dans l&#8217;un des montants m\u00e9talliques d\u00e9finissant les douze ar\u00eates du cube de verre. Un silence suspendu \u00e0 ses l\u00e8vres s&#8217;installe aussi vite que meurent les ovations.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tout d&#8217;abord, laissez-moi vous dire que cette bo\u00eete est inviolable. Verre blind\u00e9, serrure \u00e0 empreinte dont je poss\u00e8de la seule cl\u00e9&#8230; au bout de mon doigt. Personne ne pourra m&#8217;arr\u00eater. Personne ne pourra m&#8217;emp\u00eacher de dire ce que j&#8217;ai \u00e0 vous dire. Personne ne sera en capacit\u00e9 de venir me secourir. Car c&#8217;est ici et devant vous, devant le monde entier que je vais&#8230; mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence est \u00e0 peine d\u00e9flor\u00e9 par quelques timides marques, qui de surprise, qui de doute, qui de d\u00e9duction. <em>Merde, ce sont de vrais cadavres et pas des sculptures&nbsp;! Comment ai-je pu&#8230;<\/em> pense l&#8217;inspectrice Altianne Nessur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vois un certain regard qui m&#8217;indique la r\u00e9v\u00e9lation dont vient d&#8217;\u00eatre victime notre ch\u00e8re et sublime inspectrice&#8230; Oui, mes \u0153uvres sont de chair et de sang&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Vous pensez que c&#8217;est horrible&nbsp;? D&#8217;autres regards exorbit\u00e9s me donnent acc\u00e8s \u00e0 vos pens\u00e9es&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a ici, sept cadavres, bient\u00f4t huit, lorsque votre serviteur les rejoindra&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as Mustier prend le temps de d\u00e9guster les r\u00e9actions de ses visiteurs et explique enfin la raison de toute cette mise en sc\u00e8ne lugubre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ceci est mon acte de contrition.<\/p>\n\n\n\n<p>Des interrogations fusent, des fuites devant l&#8217;abomination expos\u00e9e \u00e0 port\u00e9e de main, aussi. Puis apr\u00e8s une pause calcul\u00e9e, le serial killer reprend la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Toute ma vie, j&#8217;ai tu\u00e9. Et pourtant, Madame l&#8217;inspectrice, jamais je n&#8217;ai eu l&#8217;honneur de votre visite&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle pause longue \u00e0 souhait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ah, j&#8217;en vois qui commencent \u00e0 comprendre&#8230; Stan, mon fid\u00e8le collaborateur, lui aussi, sans vraiment en \u00eatre conscient ou du moins sans vouloir \u00e9couter les lanceurs d&#8217;alerte, a tu\u00e9 toute sa vie durant. Lorsqu&#8217;on produit des milliers de tonnes, que dis-je des centaines de milliers de tonnes de plastique pendant plus de trente ans, on est, sans conteste, parmi les plus grands tueurs en s\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j&#8217;en crois certains rapports, en polluant comme mon entreprise pollue, je revendique des millions de morts.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui dit mieux&nbsp;? Mesdames et Messieurs applaudissez l&#8217;artiste&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais on n&#8217;a cherch\u00e9 \u00e0 stopper le fl\u00e9au que je suis, que nous sommes tous d&#8217;ailleurs. Chacun \u00e0 son \u00e9chelle bien s\u00fbr&#8230; Me concernant, je suis le plus grand serial killer de tous les temps&nbsp;! Et j&#8217;aimerais \u00eatre le dernier, l\u2019ind\u00e9tr\u00f4nable tueur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Phill\u00e9as Mustier poursuit ses confessions et explique la raison de son acte de folie apparente. S&#8217;il s&#8217;\u00e9tait content\u00e9 d&#8217;avouer ses milliers de meurtres \u00e0 petit feu, \u00e0 cause de la pollution \u00e9mise par son entreprise, ses transports de produits, ses fournisseurs, ses clients&#8230; l&#8217;\u00e9cho de son aveu aurait \u00e9t\u00e9 bien p\u00e2le compar\u00e9 au buzz qui na\u00eet d\u00e9j\u00e0 sur la toile. Tout le monde sait que la pollution tue \u00e0 longueur d&#8217;ann\u00e9e mais tous, nous l&#8217;avons admis comme une chose in\u00e9vitable, presque normale. Quelle valeur repr\u00e9sentent des milliers de vies perdues dans le silence de l&#8217;indiff\u00e9rence, compar\u00e9es \u00e0 la soif de vouloir toujours plus et encore plus, plus m\u00eame que la plan\u00e8te terre ne peut offrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Huit meurtres, expos\u00e9s dans des vitrines r\u00e9frig\u00e9rantes, auront un impact bien plus cons\u00e9quent. Chaque victime a \u00e9t\u00e9 choisie en fonction de sa contribution au g\u00e9nocide plan\u00e9taire. Chaque mise en sc\u00e8ne rappelle quelques fa\u00e7ons de tuer en toute l\u00e9galit\u00e9 son prochain et plus largement les \u00eatres vivants et innocents qui peuplent la nature, que l&#8217;on d\u00e9peuple aveugl\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Stan est mort \u00e9touff\u00e9 par un sac plastique.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre victime de Phill\u00e9as, un magnat du p\u00e9trole a \u00e9t\u00e9 noy\u00e9e dans un baril de brut. Son costume agr\u00e9ment\u00e9, pour l&#8217;occasion, de deux grandes ailes d\u00e9goulinantes de ce poison poisseux, rappelle le calvaire des oiseaux mazout\u00e9s lors des mar\u00e9es noires.<\/p>\n\n\n\n<p>Une troisi\u00e8me est \u00e9visc\u00e9r\u00e9e afin que l&#8217;on comprenne la raison de sa mort affreuse. Son estomac, ouvert aux regards effar\u00e9s de la foule, regorge de bouchons et autres d\u00e9chets plastiques. Il s&#8217;agit d&#8217;un important metteur en bouteilles du bien le plus pr\u00e9cieux sur terre et sans doute du plus m\u00e9pris\u00e9 d&#8217;entre-eux, l&#8217;eau. L&#8217;eau, cet or liquide que l&#8217;on contamine de particules toxiques, l&#8217;eau si pure dont on se sert impun\u00e9ment pour \u00e9vacuer nos excr\u00e9ments.<\/p>\n\n\n\n<p>La quatri\u00e8me est un client important de Phill\u00e9as, un fabricant de pesticides et autres poisons r\u00e9pandus sur terre et dans les nappes phr\u00e9atiques. Il a \u00e9t\u00e9 soumis aux bienfaits d&#8217;un cocktail d&#8217;insecticides et autres engrais ingurgit\u00e9s \u00e0 hautes doses. Il a expi\u00e9 en vomissant ses fautes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cinqui\u00e8me sacrifi\u00e9 a le grand privil\u00e8ge d&#8217;avoir sa t\u00eate expos\u00e9e en d\u00e9coration au mur de verre de sa cage fun\u00e8bre, comme un joli troph\u00e9e de chasse. Au sol, sous ses yeux fixes, une poubelle a re\u00e7u son corps d\u00e9capit\u00e9. Pour accentuer encore l&#8217;horreur de la chose, l&#8217;orateur pr\u00e9cise&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je suis particuli\u00e8rement fier de la num\u00e9ro cinq. J&#8217;ai tellement aim\u00e9 ses yeux de biche que je ne pouvais, raisonnablement, lui offrir une autre fin&#8230; De plus, elle se vantait, \u00e0 qui voulait l&#8217;entendre, de ses exploits lors de safaris magnifiques de&#8230; cruaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La sixi\u00e8me est un homme politique corrompu, osant battre campagne en faisant vibrer la fibre \u00e9cologique de ses \u00e9lecteurs mais touchant d&#8217;\u00e9normes pots de vin des lobbies, tous plus pollueurs les uns que les autres. Celle-ci a re\u00e7u un traitement sp\u00e9cial \u00e0 base de billets verts. Un gavage en r\u00e8gle, \u00e0 l&#8217;image de ce que l&#8217;on fait subir aux oies pour se r\u00e9galer de leur foie hypertrophi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La septi\u00e8me est prise dans un filet de p\u00eache et ses seins ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9s, comme certains s&#8217;emparent des ailerons de requin avant de les rejeter \u00e0 la mer o\u00f9 ils connaissent une agonie lente et cruelle. D&#8217;ailleurs, elle n&#8217;a pas fini son agonie. Sa respiration l\u00e9g\u00e8re n&#8217;est pas produite par un m\u00e9canisme introduit dans un mannequin. C&#8217;est un vrai \u00eatre vivant qui n&#8217;a m\u00eame plus la force de bouger. Cette femme est d&#8217;ailleurs un vrai requin dans son domaine, la p\u00eache aux filets en plastiques eux aussi, d\u00e9rivant sur plusieurs kilom\u00e8tres et d\u00e9truisant tout sur leur passage sans aucune distinction, lui assurait une vie de richesses inhumaines.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J&#8217;aurais pu multiplier mes \u0153uvres \u00e0 l&#8217;infini mais&#8230; je manque de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore un long silence pesant et permettant \u00e0 chacun de mesurer la pertinence de cette exposition, d\u00e9non\u00e7ant les capacit\u00e9s de l&#8217;homme \u00e0 commettre le pire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je manque de temps car la huiti\u00e8me victime, mais pas la derni\u00e8re ne vous inqui\u00e9tez pas, mes produits continueront mon \u0153uvre longtemps apr\u00e8s moi&#8230; sera donc, votre serviteur. Comme des milliers d&#8217;entre vous, j&#8217;ai chop\u00e9 la mort en respirant l&#8217;air vici\u00e9 de nos si belles villes. Il me reste quelques jours \u00e0 vivre ou plut\u00f4t&#8230; \u00e0 agoniser devant vous. Pas la peine de tenter de forcer mon cercueil, je vous le r\u00e9p\u00e8te, il est inviolable, tout comme ceux de mes compagnons de route vers l&#8217;inconnu du tr\u00e9pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon seul espoir r\u00e9side, d\u00e9sormais, dans votre prise de conscience collective. L\u2019\u0153uvre de ma vie est sous vos yeux. Je pense qu&#8217;il serait raisonnable de viser plus haut que moi. Je suis l&#8217;homme le plus riche du monde, ou peu s&#8217;en faut, mais je suis aussi et surtout, le plus mis\u00e9rable d&#8217;entre vous.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;esp\u00e8re que mon action durera plus longtemps qu&#8217;un buzz sans lendemain. Je fais le souhait que ces huit victimes des exc\u00e8s aberrants de notre soci\u00e9t\u00e9, ouvriront les yeux sur les v\u00e9ritables tueurs en s\u00e9rie qui s\u00e9vissent en toute tranquillit\u00e9 dans leur maison aux chiottes en or massif. Je fais, je l&#8217;avoue et le regrette maintenant, partie de cette engeance.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma prise de conscience f\u00fbt tardive. Je lance aujourd&#8217;hui la premi\u00e8re attaque contre les v\u00e9ritables ennemis de la vie sur terre. \u00c0 vous, humains, de reprendre le flambeau et de terrasser les b\u00eates immondes qui se repaissent, depuis bien trop longtemps, aux d\u00e9pens de tout \u00eatre poss\u00e9dant le seul tr\u00e9sor qui vaille&nbsp;: celui d&#8217;\u00eatre vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Fin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Une petite nouvelle offerte pour Halloween : <\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Halloween 2021<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des bonbons ET un sort&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle de Luc Verline.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1- Squelette et Citrouille &#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, les bruits courent aussi vite qu\u2019un mort-vivant dop\u00e9 au jus d\u2019asticot. Squelette n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la rumeur. Il l\u2019attrape, ne la l\u00e2che plus, la suit, jusqu\u2019\u00e0 la source de bonbons r\u00e9put\u00e9s succulents. Il s\u2019en l\u00e8che les babines. Du moins, pour l\u2019instant.<\/p>\n\n\n\n<p>Sorti un peu perturb\u00e9 mais finalement satisfait de sa trouvaille, il croise son amie de toujours, Citrouille. All\u00e9grement, il pioche dans sa r\u00e9colte de faiseurs de caries. Sa qu\u00eate est particuli\u00e8rement bonne cette ann\u00e9e, alors il joue les grands seigneurs. Il partage son butin avec sa copine qui, pour l\u2019instant, a \u00e9t\u00e9 beaucoup moins efficace que lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tiens la citrouille pourrie, goutte-moi \u00e7a&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Cool. Merci squelette de la mort qui tue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Citrouille s\u2019empresse d\u2019extraire le bonbon de son emballage. Elle doit faire preuve d\u2019imagination pour r\u00e9ussir \u00e0 atteindre sa bouche. Une fois cette d\u00e9licate man\u0153uvre accomplie, elle s\u2019exclame&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Wouah&nbsp;! Trop bon&nbsp;! Tu l\u2019as eu o\u00f9 celui-l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c0 un type trop bizarre. Quand il m\u2019a fil\u00e9 ses bonbecs, il a dit \u00ab&nbsp;Tiens petit, des bonbons ET un sort&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Trop bizarre ton type&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ouais. Il avait pas besoin de masque pour faire peur. T\u2019aurais vu sa tronche&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ben, en tous cas, ses bonbecs y sont trop trop bons.<\/p>\n\n\n\n<p>Citrouille n\u2019aurait jamais d\u00fb accepter ce bonbon trop trop bon&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2- Un type trop bizarre &#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sylvain ne d\u00e9roge jamais \u00e0 la coutume. Tous les ans, il veut sa soir\u00e9e d\u2019Halloween. L\u2019\u00e2ge venant, il a du renoncer \u00e0 r\u00e9clamer des bonbons ou \u00e0 distribuer des sorts. Ses un m\u00e8tre quatre-vingt ne lui permettent plus de se faire passer pour un enfant. Afin de palier au probl\u00e8me, l\u2019adolescent a opt\u00e9 pour un passage dans l\u2019autre camp. Depuis trois jours maintenant, il pr\u00e9pare ses paquets de bonbons. Cependant il a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019offrir une variante au fameux \u00ab&nbsp;des bonbons ou un sort&nbsp;\u00bb en proposant \u00ab&nbsp;des bonbons ET un sort&nbsp;\u00bb. Sylvain est un type trop bizarre par de nombreux c\u00f4t\u00e9s. Sa d\u00e9gaine, en premier lieu, fait de lui un genre d\u2019\u00e9pouvantail \u00e0 moiti\u00e9 becquet\u00e9 par les corbeaux. Sa peau semble \u00e9pouser ses os, les muscles n\u2019ont pas voix au chapitre sur ce grand \u00e9chalas. Son visage constell\u00e9 d\u2019une acn\u00e9 ravageuse fait douter de son appartenance au genre humain. Sa b\u00eatise n\u2019a d\u2019\u00e9gal que sa laideur. Si une f\u00e9e s\u2019est un jour pench\u00e9e sur son berceau, parions qu\u2019il a eu \u00e0 faire \u00e0 la f\u00e9e Carabosse&nbsp;! D\u2019ailleurs, en parlant de f\u00e9es, des rumeurs laissent entendre que Sylvain serait un fils et petit-fils de sorcier. En tous cas, s\u2019il poss\u00e8de le moindre don en potion, il a d\u00fb rater les cours sur les filtres d\u2019amour ou ceux de \u00ab&nbsp;beaugossitude&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute personne dot\u00e9e d\u2019un minimum de trois neurones, disons deux pour ne froisser aucun d\u2019entre nous, aura d\u00e9duit de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, deux choses. Non&nbsp;? Alors, d\u00e9sol\u00e9 pour vous\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re conclusion se r\u00e9sume en quelques mots. Les bonbons de l\u2019affreux Sylvain n\u2019ont ni le go\u00fbt fraise, ni celui de violette mais plut\u00f4t le \u00ab&nbsp;go\u00fbt de sort&nbsp;\u00bb. La seconde information \u00e0 retenir se cache sous les airs de faux-niais du roi d\u00e9sign\u00e9 de la belle ambiance d\u2019Halloween. Le jeune d\u00e9gingand\u00e9 se r\u00e9v\u00e9lera, \u00e0 n\u2019en point douter, comme un sorcier extr\u00eamement dou\u00e9. Concernant ses friandises, malheur \u00e0 celui qui s\u2019aventure \u00e0 les manger, les croquer, les sucer, les d\u00e9guster, s\u2019en r\u00e9galer, s\u2019en goinfrer, s\u2019en ensuquer, en saliver, en go\u00fbter, en bouffer, s\u2019en d\u00e9lecter, s\u2019en empiffrer, s\u2019y casser les dents, s\u2019en flatter le palais, s\u2019en faire p\u00e9ter la panse, les laisser fondre en bouche\u2026 Si l\u2019on \u00e9vite l\u2019une de ses actions alors il est possible que l\u2019on puisse \u00e9chapper \u00e0 leur mal\u00e9fice. Mais, vous le savez d\u00e9j\u00e0, ici, les bruits courent aussi vite qu\u2019un mort-vivant dop\u00e9 au jus d\u2019asticot. Tous les d\u00e9guis\u00e9s de la petite ville paum\u00e9e au fin fond du trou du cul du monde sont, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, au courant. L\u2019affreux Sylvain offre des sucreries \u00e0 tomber&nbsp;! Une queue s\u2019\u00e9tire d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la ruelle sordide o\u00f9 r\u00e9side le talentueux mais d\u00e9finitivement r\u00e9pugnant \u00ab&nbsp;r\u00e9galeur&nbsp;\u00bb de papilles. L\u2019\u00e9troit acc\u00e8s \u00e0 la maison aux promesses gustatives, \u00e9blouit de toute sa noirceur quiconque s\u2019y engage. La foule bigarr\u00e9e ainsi que l\u2019ambiance festive de ce trente et un octobre adoucit cette impression. Les lanternes de la procession vers les fameux bonbons, \u00e9teignent par endroit l\u2019obscure ruelle aux pav\u00e9s-casse-chevilles. La joie communicative fait oublier en partie le froid particuli\u00e8rement glacial de ce boyau peu fr\u00e9quent\u00e9, et m\u00eame \u00e9vit\u00e9, les trois cent soixante quatre autres jours de l\u2019ann\u00e9e. Pas une seule fen\u00eatre, aucune porte sur les ant\u00e9diluviens murs de briques sales et miteux constituant ce long couloir oppressant. M\u00eames les d\u00e9corations d\u2019Halloween n\u2019ont pas os\u00e9 s\u2019installer ici, si l\u2019on omet les v\u00e9ritables toiles d\u2019araign\u00e9es se r\u00e9galant de l\u2019espace propice \u00e0 leur d\u00e9ploiement prolifique. L\u2019heureux premier de cord\u00e9e voit sa bonne humeur relative, \u00eatre remplac\u00e9e par un malaise abyssal au moment de franchir les derniers m\u00e8tres menant du portail plus rouille que noir de la propri\u00e9t\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la porte d\u2019entr\u00e9e. Faucheur h\u00e9site. Sa lame sanglante de fausse h\u00e9moglobine tremble, telle la main d\u2019un grabataire parkinsonien. Il croise le regard de ceux qui ont brav\u00e9, juste avant lui, l\u2019immonde jardinet aussi accueillant qu\u2019un chat noir l\u00e9preux. L\u2019\u00e9clat, dans leurs yeux de gourmands satisfaits, lui procure le courage de poser un pied dans la gadoue collante du chemin serpentant au milieu des v\u00e9g\u00e9taux souffreteux et, autres ronces, qui elles ont une vitalit\u00e9 \u00e9tonnante, malgr\u00e9 leurs feuilles d\u2019un pourpre inqui\u00e9tant. Chacun de ses pas repr\u00e9sente un d\u00e9fi \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre. Ses pieds entament une danse glissante, pas toujours ma\u00eetris\u00e9e et accompagn\u00e9e de \u00ab&nbsp;slurps&nbsp;\u00bb d\u00e9goulinants. Ses baskets sont maintenant au diapason de son d\u00e9guisement. Faucheur cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment le bouton de sonnette. Il doit admettre qu\u2019il n\u2019a d\u2019autre choix que celui de saisir le heurtoir, plant\u00e9 en plein milieu de la porte en bois d\u2019un autre \u00e2ge. La poign\u00e9e de laiton verdie par le temps est peu rago\u00fbtante. Ses mains maquill\u00e9es pour l\u2019occasion paraissent, en comparaison, d\u2019une beaut\u00e9 immacul\u00e9e. Le contact du m\u00e9tal froid lui vaut un frisson br\u00fblant dans l\u2019\u00e9chine. Au fin fond d\u2019un coin de son cerveau encore capable d\u2019\u00e9mettre des id\u00e9es, il s\u2019imagine serrer la main du diable en personne. Les pics m\u00e9talliques, r\u00e9partis sur les c\u00f4t\u00e9s du heurtoir, seraient-ils entrain de se refermer sur ses doigts&nbsp;? Il n\u2019a pas le temps de confirmer cette gla\u00e7ante impression car la porte crie de tous ses gonds. Les oreilles vrill\u00e9es, Faucheur \u00e9carquille les yeux dans l\u2019espoir de distinguer quelque chose dans ce trou noir, b\u00e9ant, grand ouvert maintenant devant lui. Mais ce n\u2019est pas sa vue qui est sollicit\u00e9 en premier lieu. Une odeur f\u00e9tide lui fait don d\u2019un haut le c\u0153ur. Puis, comme dans un film au ralenti, il croit deviner une forme indistincte se mouvoir dans l\u2019obscurit\u00e9. Soudain, l\u2019appendice nasal de Sylvain est \u00e0 port\u00e9e de poil de nez. Faucheur ne peut r\u00e9primer un sursaut , pourtant, il reste fig\u00e9, la bouche ouverte et sujet \u00e0 la pire crise de t\u00e9tanie de sa vie. \u00c0 ce moment pr\u00e9cis, il se demande s\u2019il est toujours en vie. Tout bien consid\u00e9r\u00e9, il pr\u00e9f\u00e9rait s\u2019allonger dans son propre cercueil six pieds sous terre plut\u00f4t qu\u2019\u00eatre face \u00e0 face, ou nez \u00e0 nez, avec ce visage hideux, r\u00e9pugnant, gla\u00e7ant, r\u00e9pulsif, mortif\u00e8re. Cette r\u00e9action ravit l\u2019h\u00f4te empathique. Sylvain toujours soucieux de se mettre \u00e0 la place de ses invit\u00e9s se d\u00e9lecte de la peur de son visiteur. Il la fait sienne, la partage en parfaite osmose et ressent un bien \u00eatre d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Une lumi\u00e8re jaillit dans cette poisseuse ambiance. Un sachet de bonbons aux couleurs vives brille en fluorescentes tentations. Un timide sourire na\u00eet aux commissures des l\u00e8vres de Faucheur. En miroir, un franc sourire d\u00e9voile la dentition d\u2019horreur de Sylvain. Peu nombreuses, les dents ou plut\u00f4t les chicots r\u00e9sistants encore \u00e0 l\u2019hal\u00e8ne de hy\u00e8ne de l\u2019heureux propri\u00e9taire de ce charmant endroit, pendent aux gencives purulentes d\u2019une cavit\u00e9 buccale, proche cousine des bouches d\u2019\u00e9gouts. Une voix enfantine, en total contradiction avec le personnage d\u00e9cati pr\u00e9matur\u00e9ment, d\u00e9clame, enjou\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Des bonbons ET un sort&nbsp;! R\u00e9gale-toi&nbsp;! Et maintenant, tire-toi. La nuit d\u2019Halloween ne dure pas une ann\u00e9e enti\u00e8re. J\u2019ai peu de temps pour faire plaisir \u00e0 un maximum de gourmets gourmands.<\/p>\n\n\n\n<p>Faucheur reste bloqu\u00e9, interdit dans un attitude tr\u00e8s amusante, vue de l\u2019ext\u00e9rieur. Mais v\u00e9cue de l\u2019int\u00e9rieur, le pauvre gar\u00e7on ressent la frayeur de sa vie, au m\u00eame titre qu\u2019une souris encore consciente dans la gueule d\u2019un matou. Ses l\u00e8vres tentent de former des mots dans des hoquets grotesques. Son esprit voudrait prononcer, qui des excuses, qui des remerciements mais son cerveau s\u2019en r\u00e9v\u00e8le incapable. Sa bouche restitue cette confusion aussi bien que ses yeux \u00e9teints de poisson frit. Sylvain le regarde, amus\u00e9. Le regard bienveillant et pourtant effrayant, il penche l\u00e9g\u00e8rement la t\u00eate, ce qui ajoute encore, cela para\u00eet pourtant impossible, une once de malaise \u00e0 la situation. Puis, dans un geste empreint de tendresse, il glisse sa bouche vers l\u2019oreille de son collant visiteur. Personne ne saura jamais les mots doux prononc\u00e9s par Sylvain, mais on ne peut pas douter qu\u2019ils soient bien choisis. Dans la demi-seconde, voici Faucheur qui retrouve sa capacit\u00e9 \u00e0 se mouvoir dans des proportions extraordinaires. Il en perd sa faux qui ne s\u2019est pas encore fich\u00e9e dans la boue au moment o\u00f9 son propri\u00e9taire franchit d\u00e9j\u00e0 le portail rouille plus que noir. Sylvain en est presque attrist\u00e9 et murmure pour lui-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dommage, ta faux te fera bient\u00f4t d\u00e9faut&nbsp;\u00bb. La porte geignarde hurle \u00e0 nouveau sa haine d\u2019\u00eatre manipul\u00e9e. Elle claque brutalement au nez du qu\u00e9mandeur de bonbons suivant. Dracula n\u2019en m\u00e8ne pas large mais son envie de d\u00e9guster les sucreries convoit\u00e9es par tous, demeure plus grande que toutes les frayeurs. \u00c0 son tour, il se r\u00e9sout \u00e0 tendre sa main aux griffes de plastique ac\u00e9r\u00e9es, afin de saisir le heurtoir vert de gris. Son \u00e9chine le br\u00fble, tant le froid qui l\u2019envahit est glacial.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3- Le sort &#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Breuah&nbsp;? Argrrrr&nbsp;! Nia ba glob&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Perfti, breuar, gmaclop&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4<\/strong><strong>&#8211; <\/strong><strong>Indigestion <\/strong><strong>&#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La f\u00eate d\u2019Halloween atteint son paroxysme. Partout \u00e0 travers la ville, la rumeur a \u00e9t\u00e9 entendu. Bient\u00f4t, il ne reste que peu de personnes n\u2019ayant pas consomm\u00e9 les fameux bonbons de l\u2019affreux Sylvain. D\u2019ailleurs cet adjectif coll\u00e9 \u00e0 son pr\u00e9nom commence \u00e0 ne plus para\u00eetre \u00e0 propos. Nombreux renoncent \u00e0 cette amalgame qui ne refl\u00e8te pas la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 vers laquelle, myst\u00e9rieusement, glisse la population. L\u2019affreux Sylvain se voit renommer le ma\u00eetre es-sucrerie puis le g\u00e9nial Sylvain et pour finir, dans la bouche de chacun, il devient le roi d\u2019Halloween. Quelques bonbons l\u2019ont propuls\u00e9, en une courte soir\u00e9e, du statut de paria \u00e0 celui de roi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de profiter de sa renomm\u00e9e, le roi d\u2019Halloween a sorti son tr\u00f4ne. Celui-ci est constitu\u00e9s de cr\u00e2nes \u00e0 l\u2019apparence plus que r\u00e9aliste. Il d\u00e9file maintenant assis sur son tas d\u2019os, juch\u00e9 sur une chaise \u00e0 porteur. Les acclamations fusent. Les bousculades s\u2019accentuent \u00e0 chaque fois que le ma\u00eetre daigne lancer une poign\u00e9e de ses fameux r\u00e9gals des papilles. Des incidents naissent et se r\u00e9pandent comme une tra\u00een\u00e9e de poudre. Des doigts sont \u00e9cras\u00e9s, des mains broy\u00e9es, des cages thoraciques mises \u00e0 mal. Mais l\u2019ensemble reste bon enfant. Au final l\u2019abondance des sachets sans fond, du faiseur de petits plaisirs, contente chacun des habitants de la petite ville perdue au milieu de nulle part. La convoitise pr\u00e9c\u00e8de son passage, le contentement et la joie rendent hommage \u00e0 son d\u00e9part vers d\u2019autres rues. L\u2019all\u00e9gresse d\u2019une journ\u00e9e exceptionnelle enchante d\u00e9mons, clowns, sorci\u00e8res, monstres, loup-garous, vampires, fant\u00f4mes, citrouilles, \u00e9pouvantails, squelettes et tant d\u2019autres personnages \u00e0 glacer le sang pour la plus grande joie de tous, et tout particuli\u00e8rement pour Sylvain. Enfin son r\u00eave prend corps en ce jour d\u2019Halloween. Encore un peu de patience et l\u2019apoth\u00e9ose pointera le bout de ses dents ac\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques sorci\u00e8res subliment la f\u00eate. Leurs costumes extravagants aux allures classiques, sexy ou tr\u00e8s originales, leurs ont inspir\u00e9s l\u2019organisation d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 de mode improvis\u00e9. Les classiques aux nez crochus, dos vo\u00fbt\u00e9s, fringues en lambeaux r\u00e9pugnant, miment des d\u00e9collages de fa\u00e7ons plus ou moins r\u00e9ussies, sur des balais aux poils miteux. Les sexy jouent de leurs charmes et n\u2019ont d\u2019yeux que pour le roi de la f\u00eate qui, dans un sourire \u00e9dent\u00e9, leur renvoie leurs baisers. Le clou du spectacle vient de faire une apparition remarqu\u00e9e. Un chapeau aux dimensions extravagantes hallucine les spectateurs autant que les participants au d\u00e9fil\u00e9. Une robe, aux formes g\u00e9n\u00e9reusement arrondies, englobe le mod\u00e8le de sa corolle \u00e0 ses pieds. Des stries profondes, granuleuses apportent une texture remarquable \u00e0 l\u2019ensemble. Et que dire des couleurs automnales arbor\u00e9es dans une splendeur \u00e0 croquer. La femme-sorci\u00e8re-champignon galvanise la foule qui s\u2019enflamme dans un brouhaha de hourras et de bravos.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Halloween s\u2019affiche cette ann\u00e9e dans toute sa richesse. Les enfants, de m\u00eame que quelques adultes n\u2019ayant pas oubli\u00e9s leurs mondes imaginaires, se pr\u00eatent au jeu dans une all\u00e9gresse qui ne cesse de s\u2019amplifier. Les clowns sont \u00e9galement de sortie&nbsp;! Les tron\u00e7onneuses en plastiques hurlent. Ces reproductions sont d\u2019un r\u00e9alisme tranchant. Les clowns les brandissant \u00e0 bout de bras, effrayent plus que quiconque.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cort\u00e8ge d\u2019admirateurs \u00e0 la suite du tr\u00f4ne du roi d\u00e9ambule gaiement. Le tour de la ville est vite termin\u00e9, alors une seconde parade s\u2019\u00e9branle pour \u00e0 nouveau rendre gloire au plus grand des monarques d\u2019Halloween. Ce nouveau passage ne fait qu\u2019amplifier encore les d\u00e9lires festifs. On mime des horreurs \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 croissante. Ici une t\u00eate roule dans un panier. Celui qui l\u2019a perdu se rel\u00e8ve et la brandit en courant comme un canard ayant subi le m\u00eame sort. L\u00e0, une meute de loup-garous s\u2019oppose \u00e0 des vampires toutes dents dehors. La bonne ambiance est teint\u00e9e d\u2019h\u00e9moglobine factice, jusqu\u2019au moment o\u00f9 la premi\u00e8re v\u00e9ritable oreille est arrach\u00e9e, par la m\u00e2choire d\u2019un d\u00e9ment au cr\u00e2ne blanc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5<\/strong><strong>&#8211; <\/strong><strong>Le sort (traduction)<\/strong><strong>&#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour les incultes en langage d\u2019Halloween, voici la traduction du dialogue, pourtant limpide pour les initi\u00e9s, entre Squelette et Citrouille.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Breuah&nbsp;? Argrrrr&nbsp;! Nia ba glob&nbsp;?&nbsp;: Qu\u2019est-ce qui m\u2019arrive&nbsp;? Regarde&nbsp;! Tu crois que je vais fondre compl\u00e8tement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Perfti, breuar, gmaclop&nbsp;!&nbsp;: Putain, moi aussi, je deviens toute bizarre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Squelette qui le premier subit la m\u00e9tamorphose. Il n\u2019est plus un enfant d\u00e9guis\u00e9 en squelette. Il mue \u00e0 vue d\u2019\u0153il. Sa peau fond comme du beurre expos\u00e9 aux br\u00fblures d\u2019un soleil d\u2019\u00e9t\u00e9 avide. Ses muscles, ses tendons, ses chairs, ses organes internes se volatilisent dans des gerbes de sang, bien r\u00e9el cette fois. Squelette n\u2019a jamais aussi bien port\u00e9 le surnom que lui avait attribu\u00e9 son amie Citrouille. D\u2019ailleurs elle aussi est victime d\u2019un sort analogue, mais en accord avec son d\u00e9guisement. Sa chair devient chair de l\u00e9gume, ses membres se vrillent en lianes d\u2019un vert profond agr\u00e9ablement assorti \u00e0 sa teinte orange, ses cheveux s\u2019associent en feuilles \u00e0 mignonnes pustules.<\/p>\n\n\n\n<p>La f\u00eate de l\u2019horreur vire \u00e0 l\u2019horreur en f\u00eate. D\u00e9j\u00e0 les sorci\u00e8res \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb sentent leur faux nez s\u2019incruster au centre de leur visage en un cap d\u2019immondices coulant de morve abondante. Les sexy voient leurs proth\u00e8ses mammaires de plastiques s\u2019infiltrer en leurs seins qui gonflent \u00e0 faire exploser les corsages. Enfin les femme-sorci\u00e8re-champignons explosent en centaines de spores dansant dans le vent glacial de cette soir\u00e9e de folie. Bient\u00f4t des myriades de b\u00e9b\u00e9-femme-sorci\u00e8re-champignons font bondir en nombre, la population de cette ville paum\u00e9e, entre rien et nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun gourmand, ayant go\u00fbt\u00e9 aux bonbons trop trop bons, n\u2019\u00e9chappe au sort promulgu\u00e9 par Sylvain, le ma\u00eetre sorcier. Mais l\u00e0 ne s\u2019arr\u00eatent pas ses exploits. L\u2019effet le plus terrible ne sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que passer minuit, en ce trente et un octobre. En attendant l\u2019heure de l\u2019ultime r\u00e9v\u00e9lation, le roi d\u2019Halloween se d\u00e9lecte de ses dons d\u2019ensorceleur. Les app\u00e9tits f\u00e9roces s\u2019aiguisent encore. Chevalier sans t\u00eate jaillit sur son destrier de bois. Ce-dernier n\u2019est plus qu\u2019une simple sculpture grossi\u00e8re, il est un v\u00e9ritable cheval de bois fougueux. Ses hennissements d\u00e9noncent son origine sylvestre car ils ressemblent aux craquements produits par les arbres, les jours de grand vent. Son galop inarr\u00eatable fend la foule et d\u00e9cime \u00e0 loisir une bonne partie des participants. Mais en ce jour d\u2019Halloween, en tous cas, en ce jour si particulier d\u2019Halloween, cela n\u2019a pas grande incidence. Car toutes les victimes \u00e9cras\u00e9es se rel\u00e8vent pour continuer \u00e0 participer gaiement aux festivit\u00e9s. Ils ont simplement chang\u00e9s de statuts. Ils sont d\u00e9sormais des mort-vivants et pour quelques-uns des ectoplasmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps file. Les douze coups de minuit musicalisent l\u2019ambiance terriblement sanguinolente. L\u2019ultime r\u00e9v\u00e9lation s\u2019impose. Halloween s\u2019\u00e9ternise et durera, en cette ann\u00e9e si digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, trois cent soixante quatre jours. La petite ville paisible s\u2019est transform\u00e9e en enfer sur terre. Les pires horreurs se perp\u00e9tuent, s\u2019amplifient, s\u2019\u00e9tendent, se r\u00e9p\u00e8tent sans fin. Sylvain jubile.<\/p>\n\n\n\n<p>Une seule faille \u00e9chappe \u00e0 ses pouvoirs. Si les victimes de son sort ont la bonne id\u00e9e de conserver un bonbon trop trop bon, alors ils auront la possibilit\u00e9 d\u2019inverser les choses, le seul jour o\u00f9 l\u2019on ne f\u00eatera pas Halloween, en cette ann\u00e9e b\u00e9nie des diables&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6<\/strong><strong>&#8211; <\/strong><strong>Un an apr\u00e8s l<\/strong><strong>e <\/strong><strong>jour d\u2019Halloween<\/strong><strong>&#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En ce jour baptis\u00e9 \u00ab&nbsp;Sanssang&nbsp;\u00bb, Squelette erre dans les rue de sa petite ville du trou du cul du monde. Trois cent soixante quatre jours au pays de l\u2019horreur n\u2019ont finalement pas eu raison de lui. Le voil\u00e0 de retour, lib\u00e9r\u00e9 du sort inocul\u00e9 en lui par des bonbons trop trop bons. Il est \u00e9vident qu\u2019il n\u2019est pas sorti indemne de cette longue ann\u00e9e de cauchemars. Jamais son esprit ne pourra s\u2019extraire totalement des souvenirs collants, gluants, sanguinolents qu\u2019il a travers\u00e9s. Oui, il a surv\u00e9cu et ne sait pas trop comment d\u2019ailleurs. Avec beaucoup de chance, pense-t-il. Cette chance, son amie d\u2019infortune n\u2019en a pas profit\u00e9 assez longtemps. La veille de la d\u00e9livrance, le pire s\u2019est produit. \u00c0 un jour pr\u00eat, quelle ironie&nbsp;! Citrouille a fini la t\u00eate en soupi\u00e8re, le cr\u00e2ne en velout\u00e9 de potiron \u00e0 la cr\u00e8me, un vrai d\u00e9lice&nbsp;! Transform\u00e9e ainsi, elle a \u00e9t\u00e9 en incapacit\u00e9 de croquer le bonbon trop trop bon qu\u2019elle avait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 cette occasion. Cruel petit farceur que le destin&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">NOUVELLE A EPISODES OFFERTE :<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>Sur une fleur, <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>elle se pose et rend l&#8217;\u00e2me.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\">&#8211; Luc Verline juin 2021 \u2013<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>\u00c9pisode 1\/24&nbsp;: <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>Un parfum de mort.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur une fleur, elle se pose et rend l&#8217;\u00e2me \u00e0 l\u2019issue d\u2019un combat \u00e9pique. Elle ne saura jamais si ce sacrifice avait du sens. Son sang d&#8217;un vert \u00e9meraude trouve ici un \u00e9crin l\u00e9gitime. Un vent printanier flatte les narines des survivants et dissipe les odeurs plus ferreuses des mares d\u2019h\u00e9moglobine jonchant la plaine meurtrie du royaume de Cra\u00e2.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u2026&#8230;&#8230;&#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques lunes s\u00e9parent cette fin dramatique de cette conversation \u00e0 la teneur inhabituelle, entre le grand chambellan Amerik et son conseiller de toujours, le peu recommandable Vautor.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les Slars sont sans piti\u00e9. Et tu voudrais que ma fille, la chair de ma chair, mon propre sang, soit sacrifi\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Grand chambellan, il est temps en effet. L\u2019Historienne l\u2019a grav\u00e9 dans la Pierre Sacr\u00e9e. Rien ne saurait changer ses exigences.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;L\u2019Historienne n\u2019est qu\u2019une vieille folle et nous le sommes plus encore, de se plier \u00e0 ses volont\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Par tous les dieux, vous ne pouvez\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu pr\u00e9tends me dicter ce que je peux dire ou pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Euh\u2026 Non bien s\u00fbr\u2026 cependant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il est temps en effet, comme tu le dis si bien&#8230; Temps de se lib\u00e9rer de ces inepties. Temps pour moi de prendre le pouvoir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais grand chambellan, vous en \u00eates le d\u00e9tenteur l\u00e9gitime\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vraiment&nbsp;? Je crois n\u2019avoir \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019alors qu\u2019un homme de paille. Un homme manipul\u00e9 depuis sa naissance qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9 d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge \u00e0 faire l\u00e0 o\u00f9 on lui dit de faire. Sache, pauvre mouche attir\u00e9e par ma merde, que c\u2019est termin\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ma premi\u00e8re d\u00e9cision est&#8230; de te r\u00e9voquer sur le champ&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>\u00c9pisode 2\/24&nbsp;: <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>Sage et sublime Ya\u00ebl.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le grand chambellan Amerik, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 bouleverser drastiquement l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs, sait ce qu\u2019il lui reste \u00e0 faire. Il se rend sans tarder qu\u00e9rir l\u2019appui de la seule \u00e0 d\u00e9tenir assez de sagesse et d\u2019envergure pour s\u2019opposer aux d\u00e9sirs de l\u2019Historienne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ya\u00ebl, je te veux comme premi\u00e8re conseill\u00e8re&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comment peux-tu envisager un seul instant cette option&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais ce n\u2019est pas une option, c\u2019est \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Un ordre peut \u00eatre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, tu sais bien que ton rang ne me permet pas de t\u2019imposer quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Alors n\u2019insiste pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais j\u2019ai besoin de toi pour\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pour\u2026&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pour\u2026 prendre le pouvoir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Rien que \u00e7a&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne vois que cette possibilit\u00e9 pour sauver ma fille d\u2019une mort annonc\u00e9e par\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;L\u2019Historienne&nbsp;! Elle a donc os\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Alors tu acceptes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ya\u00ebl, dont le silence de mort pousse la patience du grand chambellan \u00e0 ses limites, semble avoir retrouv\u00e9 toute sa l\u00e9gendaire qui\u00e9tude. Elle reprend son activit\u00e9 \u00e9pistolaire, avec le m\u00eame geste assur\u00e9 \u00e0 tracer des lettres gracieuses, pleines d\u2019arabesques voluptueuses. Qui pourrait croire qu\u2019en son for int\u00e9rieur, la sublime femme est troubl\u00e9e comme jamais&nbsp;? Elle l\u00e8ve un bref instant les yeux de son parchemin et, d\u2019un seul regard, cong\u00e9die son petit fr\u00e8re. Celui-ci, froiss\u00e9 d\u2019une telle indiff\u00e9rence \u00e0 ses malheurs, ravale les mots ind\u00e9licats qui lui incendient la bouche. Conscient que la meilleure chose \u00e0 faire est de laisser \u00e0 son a\u00een\u00e9e un temps de r\u00e9flexion, il se retire. Il sait la sagesse de Ya\u00ebl. Malgr\u00e9 son impatience, il reste confiant en sa d\u00e9cision \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>\u00c9pisode 3\/24&nbsp;: <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-extra-large-font-size\"><strong>Toute une Histoire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ma fille, un jour tu seras \u00e0 ton tour l\u2019Historienne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;M\u00e8re, je n\u2019ai pas re\u00e7u votre don en h\u00e9ritage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mon don&nbsp;? De quel don parles-tu&nbsp;? Point de don qui ne tienne, mais du travail pour arranger au mieux l\u2019Histoire \u00e0 venir. Consulte les Grands Livres, apprends l\u2019Histoire pass\u00e9e. Vois-y ce qui est bon pour nous, puis, \u00e9cris notre futur, \u00e0 notre convenance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais cette t\u00e2che est si ardue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non ma fille. La t\u00e2che la plus ardue f\u00fbt effectu\u00e9e de main de ma\u00eetre par nos anc\u00eatres communs. Nos anciens ont su rendre notre parole sacr\u00e9e. Ainsi, ils nous ont offert ce cadeau inestimable de mener le peuple l\u00e0 o\u00f9 il nous sied. Alors respecte tous les sacrifices qu\u2019ils ont endur\u00e9s pour que notre t\u00e2che, \u00e0 nous, soit si simple.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui m\u00e8re. Veuillez excuser ma faiblesse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ne t\u2019excuse pas et montre-moi plut\u00f4t de quoi tu es capable&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Historienne v\u00e9rifie inlassablement le travail de sa fille. Elle y rel\u00e8ve les d\u00e9tails trop pr\u00e9cis qui ne pourront pas se d\u00e9rouler dans ce degr\u00e9 de nuance par la suite. On peut pr\u00e9tendre d\u00e9tenir le pouvoir d\u2019\u00e9crire l\u2019Histoire avant qu\u2019elle ne se produise, cependant, certains d\u00e9tails, qui se produiront r\u00e9ellement, pourraient amener les moins aveugles \u00e0 remettre ce don en cause. Alors, elle enseigne \u00e0 son h\u00e9riti\u00e8re la mani\u00e8re dont elle peut \u00e9crire les grands desseins de leur nation sans pouvoir \u00eatre contredite par les faits \u00e0 venir. Un subtil dosage dans le but d\u2019imposer un futur pr\u00e9dit et sans faille, assurant un avenir radieux \u00e0 leur famille qui r\u00e8gne ici sans partage depuis des g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JE VOUS OFFRE MA NOUVELLE &#8220;COLLECTION&#8221; \u00e0 lire ici : Collection. Luc Verline 2021 Prologue&nbsp;: \u2014&nbsp;Cancer, cancer&nbsp;! Bordel, il est en moi&nbsp;! 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